Compagnie Le Grenier de Toulouse

chat en poche- Feydeau

 

 

Réservations au 05.61.48.21.00
ou par mail contact@greniertheatre.org

Une vie sur mesure
de et avec Cedric Chapuis - Cie Le Grenier de Toulouse
Mise en scène : Stephane Batlle

 

 

Le duo exceptionnel d'un comédien et sa batterie.
Un spectacle drôle qui touche et bouscule.

du 12 décembre 2008 au 3 janvier 2009
du mercredi au samedi à 20h30
le dimanche à 15h30

Relâches exceptionnelles les 24, 25 décembre
et 1er janvier 2009

Tarifs : 17 / 14 / 8 / 3,40 €

 

Soirée spéciale "Réveillon", le 31 décembre 2008 à 20h !

La représentation ititialement prévue à 22h a été annulée

tarif unique à 25€

 

Article paru le 7 novembre 2008, Le Clou dans la Planche

Drummin' man
Cédric Chapuis, encore et toujours, quand s'annonce une nouvelle fois l'excellent "Une vie sur mesure",la semaine prochaine au Grenier Théâtre.

Voici un de ces spectacles que son absence de prétention, sa richesse et sa parfaite réussite transforment en coup de coeur des salles en moins de temps qu'il n'en faut pour faire "chping" : "Une vie sur mesure", de et avec Cédric Chapuis, créé en octobre 2007 au Grenier de Toulouse avec l'amicale complicité de Stéphane Batlle, et qu'on a vu depuis à peu près partout. Au Moulin de Roques-sur-Garonne, bien sûr. Au Théâtre musical de Pibrac. Au théâtre du Grand Rond, l'été dernier. Il y a un mois à la Cave Poésie où le Clou, qui l'avait déjà vu et aimé, n'a pu s'empêcher de retourner pour le revoir par d'autres yeux, en attendant son retour, la semaine prochaine, au Grenier Théâtre.

Ce n'est pas tant qu'Adrien Lepage soit si différent mais voilà, les autres ne sont pas comme lui. Ludions sans joie tournant dans un monde inquiet, ils ne cessent de viser ceci, désirer cela, s'imposer des tas de règles et d'obligations incompréhensibles. De se mentir à eux-mêmes. Aux autres, un peu aussi. Il est si simple pourtant, le monde, et beau, comme le découvre Adrien à l'âge de déraison : le gosse d'un voisin qui joue au basket, Maman dans la cuisine découpant des légumes et voici l'univers enfin cohérent, ses parties réunies par la force et la beauté du rythme. Toum toum toum (silence) chping toum tac tac tac tac tac frrrzzzz, tout est là.
Ce qui est bien, avec la batterie, c'est qu'on a pas besoin de l'instrument pour s'exercer. On commence avec des barils de lessive. Un peu plus tard, l'héritage délaissé de Mamie offre deux malles au son merveilleux, sans oublier la collection complète de ses disques de jazz et le gramophone pour les écouter. Ainsi devient-on fan des éboueurs, sans qui ces merveilleuses malles auraient bien pu finir au dépotoir – what a wonderful world...
Tout est tempo, même à l'école : le carré de l'hypoténuse, la décapitation de Louis XVI, Le corbeau et le renard. La gifle du proviseur, lorsqu'elle ne tombe pas à contretemps. Les mandales de Christophe Ortega. Ainsi découvre-t-on la beauté et la nécessité du silence, sans lequel la plus belle note perd tout intérêt. Mais voilà, cela ne suffit pas et la batterie promise doit bien finir par arriver. Jour merveilleux que ce 14 juin 1989, quand Tiketoum entre dans la maison, écaillée, peaux crevées mais bien là, en vrai, tellement plus belle que ces scooters dont rêvent tous les copains, que ces filles à qui ils veulent toujours fourrer une langue dans la bouche...
Sauf Cécile – la seule, tiens, à s'intéresser à Adrien et à sa compagne, et qui n'imagine rien moins que d'en faire le vrai batteur d'un vrai groupe. Devenir musicien pour d'autres personnes ? Waou... Mais voilà : rareté du bassiste, encombrement des toms, excès sonores, rogne des voisins et intervention des gentils messieurs en bleu, ce n'est pas si évident. La découverte d'une merveille de batterie électronique n'arrange rien et tout finit dans les flammes et les coups de pelle. Heureusement "un truc génial, avec la batterie, c'est qu'on n'a pas besoin de l'instrument pour s'y exercer..."

Cédric Chapuis, bel et bon comédien qu'on découvre bel et bon batteur, s'est fait plaisir. On sent dans "Une vie sur mesure" un prétexte à donner du charleston et de la grosse caisse, du rod et du balai, à mettre en valeur un instrument aimé, incontournable, mais moins prestigieux tout de même que quelques autres, piano et guitare en tête. Mais, se faisant plaisir, fait le bonheur d'un public qui ne s'attendait sans doute pas à ça.
Il y a l'histoire, bien sûr, drôle et tendre, humaine, sensible, quelque peu tragique aussi, mais d'un tragique heureux et porté avec finesse qui met du baume au coeur le moins sensible. Le thème de l'innocent lui offre le moyen, un peu usé mais efficace, de porter en lumière par simple contraste l'absurdité de tant de choses que chacun trouve normales, sans pesanteur ni moralisme de triste aloi. Et, par extension naturelle, de frôler quelques sujets délicats – libre à chacun de s'y pencher ou non.
L'amateur ou pas plus que ça y trouvera une belle leçon de musique, d'autant plus passionnante que l'instrument reste mal connu malgré son universalité et son caractère ô combien sonore. A quoi on ajoutera, à titre purement personnel, qu'un homme capable de placer sur le même plan jazz et trash metal, Elvin Jones et Lars Ulrich, ne peut pas être mauvais. Bien insensibles en tout cas le pied qui ne battra pas, la tête qui ne hochera pas en rythme tout au long du spectacle.
C'est enfin une pièce parfaitement équilibrée. Le théâtre musical a souvent pour défaut de pencher d'un côté ou de l'autre : créée par des musiciens, telle pièce ne sera que concert théâtralisé ; par des comédiens, la voici simple texte habillé de notes. Rien de tel ici où, la musique étant au coeur de l'argument, mots et notes se mêlent à égalité dans une mise en scène réglée... eh bien, comme du papier à musique."Une note n'est belle que parce que d'abord elle n'existe pas, et après elle finit." Ainsi en va-t-il d' "Une vie sur mesure", dont les échos perdurent bien après le noir final.
JoB